Pentecôte pour le salut et pour le service
- Fondation FMM

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Cet article s'inspire d'une prédication prononcée par le professeur Félix Mutombo-Mukendi le jour de la Pentecôte 2016. Il en reprend les thèses centrales pour les déployer sous forme de réflexion théologique, à destination de tous ceux qui cherchent à comprendre ce que la Pentecôte signifie concrètement pour l'Église et pour le croyant.
La Pentecôte est souvent réduite à un jour férié dans le calendrier civil ou à un souvenir liturgique sans conséquence. Or, l'événement de la Pentecôte résiste à cette domestication. Il ne s'agit pas d'un ornement de la vie religieuse : c'est le moment où Dieu redéfinit ce que signifie être son Église.
La thèse est limpide : le Saint-Esprit n'est pas un supplément de piété. Il est la condition même de l'authenticité chrétienne, à la fois pour le salut (la régénération intérieure) et pour le service (l'engagement concret dans le monde).
Dieu est Esprit, Christ est Esprit : un rappel fondamental
Toute réflexion sérieuse sur la Pentecôte doit s'ancrer dans une triple affirmation biblique.
Premièrement, Dieu est Esprit. C'est le Christ lui-même qui le déclare à la Samaritaine dans l'Évangile de Jean (Jn 4,24). Dieu n'est pas une doctrine, pas une pensée, pas un système. Il est Esprit.
Deuxièmement, Christ est l'Esprit qui donne la vie. Paul, dans 1 Corinthiens 15,45, oppose le premier Adam, « terrestre, terrien, poussiéreux », au dernier Adam, le Christ, « Esprit vivifiant ». Le verbe grec employé par Paul (zōopoieō) signifie littéralement « fabriquer la vie » : il s'agit d'une création nouvelle.
Troisièmement, le Saint-Esprit est promis par le Père et envoyé par le Christ. Les discours d'adieu de Jésus dans l'Évangile de Jean (Jn 14-16) et le commandement de rester à Jérusalem dans Actes 1,4 convergent vers cette même réalité : on ne peut entrer dans le monde de Dieu sans l'Esprit.
Cette triple articulation n'est pas un exercice spéculatif. Elle pose un diagnostic : quiconque prétend vivre la foi chrétienne en s'arrêtant à ses pensées, à son intelligence, à sa culture religieuse, passe à côté de ce que Dieu attend.
Le premier Adam et le dernier Adam : ce que nous avons hérité
L'un des angles les plus féconds pour comprendre la Pentecôte est celui de l'héritage. Nous connaissons tous la réalité de la transmission biologique : la ressemblance physique entre parents et enfants, les intonations de voix qui traversent les générations. Nous avons hérité d'Adam tout ce que nous sommes sur le plan naturel.
Mais Paul, dans 1 Corinthiens 15, introduit un second héritage : celui du dernier Adam, le Christ. Ce second héritage n'est pas physique mais spirituel. Il passe par l'adoption comme enfants de Dieu, par la nouvelle création, par une transmission qui ne relève pas de la chair mais de l'Esprit.
Pour devenir enfant de Dieu, il ne suffit pas de naître dans une famille chrétienne, de passer par le catéchisme, ou de connaître les bonnes réponses. Il faut être régénéré par l'Esprit. Comme le note Gordon Fee, le contraste paulinien entre les deux Adam est « non pas anthropologique mais sotériologique » : deux régimes d'existence (G. Fee, The First Epistle to the Corinthians, Eerdmans, 1987, p. 788-790).
Le danger de la religion culturelle
Un christianisme sans la dimension de la vie dans l'Esprit est une religion culturelle. Être protestant plutôt que catholique, chrétien plutôt que musulman : quand ces identités ne sont portées par aucune réalité spirituelle, elles deviennent de simples étiquettes.
La formule mérite d'être méditée : « Une église sans le Saint-Esprit est une association de trop. Une association nuisible, qui fait mal ce que les autres associations font bien. »
Les associations séculières savent créer de la joie, susciter des émotions authentiques, organiser des projets. L'Église qui fonctionne sans l'Esprit ne fait même pas aussi bien. Ce diagnostic rejoint l'analyse de Bonhoeffer sur le « christianisme sans religion » (Résistance et soumission, 1944) : une foi réduite à ses formes extérieures perd sa substance.
Les deux baptêmes : de la préparation à la puissance
Actes 1,5 établit un parallèle entre le baptême de Jean (eau, repentance, engagement social) et le baptême du Saint-Esprit. Le premier préparait le peuple sans transformer sa nature profonde. Le second plonge le croyant dans la vie même de Dieu et lui confère une puissance (dunamis) pour devenir témoin.
L'engagement dans la cité ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté éthique. Il doit être porté par une transformation intérieure. C'est le sens de la conviction de la Fondation : être transformé pour transformer.
La stratégie géographique de l'Esprit
Actes 1,8 dessine une géographie de l'engagement qui va du proche au lointain : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » Cette progression n'est pas anecdotique. Elle révèle une logique de l'Esprit qui refuse le spectaculaire immédiat au profit d'un enracinement progressif.
Jérusalem, c'est là où vous êtes. Pas besoin de partir au bout du monde pour être témoin. Votre quartier, votre lieu de travail, votre famille : c'est là que commence le témoignage. La Judée, c'est la région environnante, le cercle un peu plus large dans lequel s'inscrit votre quotidien. La Samarie, ce sont les frontières culturelles, ces populations que les Juifs de l'époque méprisaient et que l'Esprit pousse précisément à rejoindre.
Cette géographie concentrique est aussi une leçon de méthode pour quiconque veut s'engager dans la cité. L'engagement chrétien authentique commence par l'enracinement local avant de viser l'universel. Il ne s'agit pas de fuir sa réalité immédiate pour des projets lointains et spectaculaires, mais de porter la puissance de l'Esprit là où l'on vit, là où l'on travaille, là où l'on construit. Le théologien sud-africain David Bosch, dans son ouvrage de référence Transforming Mission (Orbis Books, 1991), souligne que la mission chrétienne n'est jamais une fuite en avant : elle est d'abord une présence transformatrice dans le contexte immédiat.
L'intendance des charismes : le coffre-fort ou le réseau ?
La question des dons spirituels (charismata) touche directement à la responsabilité du croyant dans la cité. L'Esprit ne distribue pas de privilèges privés : il équipe pour le service. Mais que fait-on de ces dons une fois reçus ?
L'image est parlante : le coffre-fort versus le réseau. Le piège, c'est de cacher son talent, comme dans la parabole de Matthieu 25, en le mettant « dans le coffre-fort à la banque, bien gardé par des vigiles ». C'est l'approche passive du croyant qui thésaurise ses dons sans jamais les mettre au service des autres. Une approche que la parabole qualifie de « méchante et paresseuse » (Mt 25,26), avec une sévérité qui devrait nous interpeller.
Le mandat, à l'inverse, c'est le réseau : les charismes sont donnés pour l'édification de l'autre, pour la construction du corps du Christ, pour la réalisation du programme de Dieu dans le monde. Paul insiste dans 1 Corinthiens 12 sur le fait qu'aucun don n'est donné pour celui qui le reçoit, mais pour la communauté tout entière. Cette réflexion fait écho à l'analyse de Miroslav Volf sur les dons comme « ressources communautaires » plutôt que possessions individuelles (M. Volf, After Our Likeness: The Church as the Image of the Trinity, Eerdmans, 1998). Les charismes ne doivent jamais être enfouis mais exercés avec humilité, discernement et au service de la communauté.
La puissance de Dieu est pour ceux qui croient
La réflexion se conclut sur Éphésiens 1,19-20, avec cette affirmation qui résume tout le propos : « La puissance de Dieu n'est pas pour lui-même. La puissance de Dieu est pour ceux qui croient. » C'est une phrase qui devrait transformer notre compréhension de la Pentecôte : la puissance divine n'est pas un spectacle à contempler, elle est un mandat à exercer.
Le baptême du Saint-Esprit n'est pas donné pour que le croyant accumule des expériences spirituelles privées. Il n'est pas non plus un marqueur de supériorité entre chrétiens. Il est donné pour que le monde entier puisse voir, à travers le salut et le service des croyants, que Dieu est véritablement vivant. L'Esprit authentifie le croyant non par des paroles, mais par la transformation visible de sa vie et de son engagement.
C'est la conviction profonde qui traverse toute l'œuvre du professeur Mutombo-Mukendi : la foi n'est pas un refuge intérieur. Elle est une puissance de transformation qui doit se déployer dans la cité, dans le politique, le social, le culturel, l'économique. L'Esprit n'est pas donné pour que nous nous retirions du monde, mais pour que nous y entrions avec une autorité et une authenticité que nos seules forces humaines ne peuvent produire. Être transformé pour transformer.
Pour aller plus loin
Textes bibliques : Actes 1,4-8 ; 1 Corinthiens 15,45-49 ; Jean 4,24 ; Luc 3,10-17 ; Éphésiens 1,19-20
Gordon Fee, The First Epistle to the Corinthians, NICNT, Eerdmans, 1987 | Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, Labor et Fides, 2006 | Miroslav Volf, After Our Likeness, Eerdmans, 1998
Cet article est inspiré d'une prédication du professeur Félix Mutombo-Mukendi (15 mai 2016). Pour écouter le message complet, retrouvez la vidéo sur la chaîne YouTube de la Fondation.



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