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Plaidoyer pour la Théologie politique aujourd’hui

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    Fondation FMM
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  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 5h


Définir la théologie comme étant le travail de l’intelligence de la foi dans un contexte déterminé par le vécu ecclésial, culturel, social et politique, ouvre la porte à un enrichissement continu de la théologie politique. En effet, la théologie politique ne se contente pas d’une répétition tranquillisante de dogmes. Elle cherche plutôt à ouvrir une voie vers l’appropriation de l’Evangile, une manière d’entrer dans le monde des Ecritures, de saisir les Ecritures de sorte que l’homme en sorte plus grand. Non seulement plus grand intrinsèquement mais aussi pour le bien de la Cité par l’éthique.


Critique tridimensionnelle de la théologie politique


La pratique de la théologie politique amène donc à exercer une responsabilité sociale. Elle se penche sur des théories et des applications relevant des sciences humaines et politiques ainsi que sur la manière dont les concepts et modes de pensée théologiques peuvent impliquer, justifier ou éclairer des analyses ou des engagements éthiques, politiques, sociaux, culturels, économiques, écologiques, etc. Elle est donc pluridisciplinaire et appelle à un travail critique constant. Pour cela, elle se doit d’être analysée à 3 niveaux :


  • Celle de la théologie elle-même : Étant un travail de l’intelligence de la foi dans un contexte donné (géographie, histoire, sciences, cultures, visions du monde, etc.), toute théologie est contextuelle. Par conséquent, elle ne peut être érigée en dogme universel, pensée unique et intemporelle. Le courant philosophique du post-modernisme conforte la théologie politique dans sa critique de la théologie elle-même parce que le cadre du savoir, du savoir-faire et du savoir-vivre ( le « lieu » du travail de l’intelligence de la foi) est pluriel et le développement des sciences (humaines, biologiques, physiques, électroniques etc.) peut changer les paradigmes en théologie.


  • Celle de l’Eglise : La critique de l’Église est d’une impérieuse importance du fait que le message de l’intervention salvatrice de Dieu dans l’histoire de l’humanité a été confié à une Eglise, qui dès le début à nos jours est faite d’hommes et de femmes vulnérables. Outre cette caractéristique, l’Eglise, bien que « Une et universelle », a aussi cette dimension inévitable de la pluralité des communautés locales dans une autre pluralité : celle de l’histoire, et des cultures comme lieu ducroire, du penser et de l’agir chrétiens. Cette critique de l’Eglise est nécessaire parce que les vulnérables hommes et les femmes qui la gouvernent et la constituent n’ont pas encore atteint la perfection mais ils sont plutôt en chemin avec le Christ, en chemin quant au savoir, à l’éthique et à la piété. Encore en chemin dans la foi chrétienne authentique, c’est-à-dire tout à la fois mystique et politique. Mystique dans l’union et l’intimité avec Dieu et politique dans la responsabilité de l’homme envers son prochain dans la Cité.


  • Celle de la Société : Cette critique est tout aussi nécessaire parce que c’est dans la Cité que l’Eglise a pour mission le témoignage de Christ. La Cité est le lieu du témoignage de l’œuvre de sa foi, de la fermeté de son espérance et du travail de son amour pour utiliser les termes dans la 1ère Epître aux Thessaloniciens. Ce témoignage se déploie dans un contexte de contestation étant donné que l’Église et la Société ne se réfèrent pas à la même source quant à l’éthique.


Apolitisme de l’Eglise


En partant de cette critique tridimensionnelle, il y a lieu, à l’aide de l’exégèse et de l’histoire, de rejeter les discours idéalistes sur l’hypothétique apolitisme de la Bible, de Jésus et de l’Eglise. D’ailleurs, le théologien allemand Johann Baptist Metz affirmait que: « L’Eglise, dans sa manifestation historique et sociale, exerce toujours et déjà une action en tant que réalité politique, càd qu’elle existe et agit politiquement avant toute prise de position explicite, et par là aussi avant toute question concernant les critères de son attitude actuelle. L’hypothèse habituelle d’une neutralité a priori et d’une « innocence politique » de l’Eglise est une hypothèse naïve, ou bien elle dissimule des alliances politiques existantes. C’est pourquoi il est indispensable d’élaborer une théorie critico-pratique, politique, de l’Eglise ; elle doit empêcher que l’Église s’identifie, sans contrôle et sans critique, avec des idéologies politiques déterminées et, par là même, tombe au rang de religion purement politique. » (JB Metz, 108)


Conclusion


La critique tridimensionnelle de la théologie politique rejoint l’Ordre apostolique qui stipule expressément : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable et parfait. (Romains 12.2) Si le «bon et l’agréable» pourraient correspondre à ce que Socrate désigne comme « le vrai et l’utile », le «parfait» de la volonté de Dieu transcende les dimensions morales pour désigner l’accomplissement, la finalité ultime. « Le bon, l’agréable et le parfait » ne peuvent pas être atteints sans la transformation par le renouvellement de l’intelligence. Ainsi la théologie politique, en intégrant cette critique tridimensionnelle, contribue à ce renouvellement de l’intelligence.


Cet article constitue une synthèse tirée de la leçon publique “Plaidoyer pour une théologie politique aujourd’hui” donnée par le Dr. Félix Mutombo-Mukendi à la Faculté Universitaire Protestante de Bruxelles, le 3 mai 2019.

 
 
 

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